
La pierre naturelle, matériau géosourcé et durable par excellence, façonne les paysages du Massif central. Pourtant, les artisans lauziers et bâtisseurs font face à des contraintes croissantes d’accès à la ressource locale, accentuées par des procédures administratives complexes pour les petites exploitations et une dépendance marquée aux matériaux de réemploi non structurés.
Face aux difficultés d’approvisionnement et aux défis de la transition écologique, les associations nationales des Artisans Lauziers Couvreurs (ALC) et des Artisans Bâtisseurs en Pierres Sèches (ABPS), en partenariat avec les Parcs naturels régionaux de l’Aubrac, des Grands Causses et des Monts d’Ardèche, et avec l’appui du Syndicat National des Industries de Roches Ornementales et de Construction (SNROC) et du Centre Technique de Matériaux Naturels de Construction (CTMNC), lancent le programme Lauba’Roc.
Financé par l’Agence Nationale de la Cohésion des Territoires (ANCT) – Commissariat du Massif central, les actions prévues s’engagent à structurer le réemploi de la pierre, à sécuriser les gisements, et à proposer des modèles robustes de carrières artisanales.
Étape 1 : recenser les gisements et déployer des plateformes de réemploi
La première étape opérationnelle consiste à transformer le potentiel théorique des pierres de réemploi en une filière structurée et accessible. L’axe 1 comprend ainsi :
- La cartographie et l’inventaire des gisements : Un recensement méthodique sera engagé sur le périmètre des PNR de l’Aubrac, des Grands Causses et des Monts d’Ardèche pour localiser les pierres issues de déconstructions, de déblais de chantiers, de stocks dormants, de travaux routiers ou agricoles.
- La modélisation de plateformes physiques et numériques : En s’appuyant sur l’expérience pilote « Pierres Collectives » portée en Aubrac, le programme formalise des modèles de plateformes de stockage, de tri et de qualification des matériaux. Ces outils numériques et logistiques permettront de mettre en relation directe producteurs de gisements et artisans.
- La caractérisation technique : Des protocoles garantiront la qualité, la traçabilité et l’aptitude technique des pierres réemployées.
Étape 2 : expérimenter l'adaptation réglementaire dans les carrières artisanales
Deuxième chantier prioritaire : lever les verrous administratifs et économiques qui fragilisent les petites exploitations locales. Les actions prévues sont les suivantes :
- Un inventaire des gisements : Un travail engagé sur le périmètre des PNR de l’Aubrac, des Grands Causses et des Monts d’Ardèche pour localiser les gisements existants et ceux présentant du potentiel, de manière à sécuriser ces gisements pour l’avenir (protéger leur intérêt patrimonial).
- Le diagnostic des modèles d’exploitation : Réalisation d’un état des lieux comparatif des contraintes et freins pesant sur les carrières artisanales.
- L’application du principe de proportionnalité : Des carrières pilotes situées dans les Parcs partenaires serviront de « territoires laboratoires ». L’objectif est d’y tester, en lien avec les services de l’État, des procédures allégées et adaptées aux faibles volumes extraits (espacement de certaines études d’impact ou allégement des mesures environnementales lourdes conçues pour l’industrie).
- L’expérimentation collective : Étude de faisabilité pour l’ouverture de carrières déclarées sous statut coopératif ou collectif pour mutualiser les coûts d’exploitation et de gestion.
Étape 3 : former les acteurs et accompagner la commande publique
Le déploiement de Lauba’Roc s’accompagne d’un volet d’actions pédagogiques et institutionnelles :
- L’ingénierie de formation pour les carriers : Déploiement de modules de formation à destination des exploitants et ouvriers de carrière pour adapter les techniques (extraction, sélection, clivage, taille/façonnage) aux besoins spécifiques de la couverture en lauzes et de la construction en pierre sèche.
- La sensibilisation des élus, prescripteurs, et des populations locales : Organisation de temps d’échange avec les collectivités, acheteurs publics, architectes et bureaux d’études pour favoriser l’intégration de clauses relatives à la pierre locale et au réemploi dans les marchés publics de construction et de restauration. Construction et diffusion d’un discours consensuel et argumenté visant à changer l’image des carrières artisanales, dans l’objectif de favoriser leur acceptabilité locale.
- L’intégration de l’outil ART : En partenariat avec l’APAMAC, développement d’un outil d’Analyse des Retombées Territoriales (ART) permettant de mesurer l’impact socio-économique de l’utilisation des matériaux géosourcés locaux et de la mobilisation de savoir-faire artisanaux locaux.







